Je suis conscient que lire un article sur la mécanique du swing n’est pas facile mais je pense que c’est nécessaire et que cela mérite un effort de lecture et de relecture…
Le swing est un mouvement de torsion du torse et des membres inférieurs engendré par la dissociation des ceintures. Je rappelle que dissocier c’est opposer la rotation entre les épaules et le bassin au backswing, entre le bassin et les épaules au downswing (Golf Oxygène n°53). L’amplitude physiologique de la dissociation est de 90 degrés. Si le mouvement est à peu près bien compris pour le backswing, en revanche il l’est moins au downswing car le bassin est mal intégré sur le plan psychomoteur sa rotation n’étant pas clairement expliquée. Ce qui en fait le secret du swing. Carl Gustav Jung disait : « Les véritables secrets le sont parce que nul ne les comprend ». C’est le cas pour le swing.
La rotation des épaules toujours mise en avant me semble être « L’arbre qui cache la forêt ». En mettant trop l’accent sur les épaules, le corps est comme coupé en deux et déconnecté du bassin. A l’adresse, le piétinement d’un pied sur l’autre consiste à prendre conscience de la position du bassin et de son équilibre. « L’essentiel est invisible pour les yeux » disait Saint Exupéry tout comme le déclenchement de la rotation du bassin est ignoré dans la dynamique du swing. Sans cette rotation il n’y a que simulacre de swing et slice assuré. Si votre mouvement est aléatoire ou qu’il se traduit par des slices à répétition vous êtes dans le labyrinthe du swing et vous ne comprenez pas comment en sortir. Le champion américain Ben Hogan, vainqueur la même année des épreuves du Grand Chelem, disait « Le problème du golfeur c’est qu’il ne sait pas quoi faire ».
Nous connaissons tous le remède : pour sortir de l’ignorance, c’est la compréhension. C’est ce que je vous propose maintenant.
Le bassin ou ceinture pelvienne.
Nous devons d’abord préciser que, dans le langage golfique, le terme « les hanches » désigne à tort le bassin et contribue ainsi à entretenir le flou. Le bassin, comme son nom l’indique, a la forme d’un récipient. C’est un anneau ostéo-articulaire fermé qui est constitué des deux os iliaques et du sacrum . La colonne vertébrale repose sur le sacrum, il y a ainsi une solidarité, une continuité entre la colonne et le bassin. Nous considérons le bassin comme la dernière vertèbre lombaire et à ce titre il participe à la rotation autour de l’axe vertébral (c’est l’impulsion, voir plus loin). La hanche est l’articulation qui relie le membre inférieur au bassin. Elle est le point pivot de la giration du bassin sur le membre inférieur. La giration est un mouvement circulaire autour d’un axe fixe (le membre inférieur) : giration de manège, sens giratoire… Ce mouvement est semblable à l’arc de cercle décrit par la branche mobile d’un compas. Le bassin tourne comme une voiture dans un sens giratoire. En résumé il existe deux rotations possibles pour le bassin, l’une vient du haut autour de l’axe vertébral, elle est d’amplitude minimale mais essentielle pour notre mouvement et l’autre autour des axes des membres inférieurs pour le transfert d’appui. Pour simplifier nous utiliserons le terme courant de rotation.
Principe de la rotation au Backswing
Le backswing est une prise d’élan plus ou moins ample, il s’effectue autour de deux axes :
– Tout d’abord l’axe vertébral incliné vers l’avant pour un mouvement latéral des bras sous le plan frontal de Ben Hogan.
– Puis un axe vertical : la jambe droite pour la rotation du bassin dans le plan horizontal. La hanche est le point d’appui du bassin.
Le backswing en deux phases :
– Première phase : Le vissage
Au départ du mouvement et pendant toute cette première phase, le bassin est fixe et orienté en direction de la ligne de jeu.
Le backswing commence par un lent mouvement de rotation vertébrale descendant en direction du bassin. C’est un mouvement hélicoïdal semblable à la vrille du tire-bouchon qui descend lentement dans un bouchon. Quand il atteint le bassin, les épaules et le bassin sont à 90 degrés. Cette rotation vertébrale a pour but de déplacer les bras latéralement en ligne droite sous le plan de Ben Hogan. Cette phase correspond au demi – swing (phase de dissociation).
Dans la deuxième phase, le bassin prend un appui fixe sur la hanche droite, il est entraîné involontairement en rotation par la colonne lombaire (voir facteur X dans Golf Oxygène n° 53). C’est le mouvement de la branche mobile du compas.Ce mouvement conduit alors le club vers l’arrière le mouvement est dit intérieur (dans le plan sagittal). C’est le plein backswing.
La bande élastique de Ben Hogan
Ben Hogan a imaginé une bande élastique reliant un mur situé derrière lui et la partie postéro-latérale gauche du bassin. Au début du backswing l’élastique oppose une résistance au mouvement de rotation du bassin vers la droite. C’est une phase dissociative. Puis entraîné de force par la colonne lombaire le bassin tourne alors involontairement sur le pivot fémoral droit; c’est une phase associative (épaules et bassin tournent dans le même sens). L’élastique est en tension maximum.
Croquis 1 (mettre les images droites)
Le Bassin – La Hanche – L’élastique de Ben Hogan
Figure 1
Le bassin a la forme d’un récipient. En jaune, les deux illiaques et en rose, le sacrum.
La colonne vertébrale repose sur le sacrum. Le bassin et la colonne sont solidaires.
L’articulation de la hanche se situé au niveau du pli de l’aine
Le bassin tourne de quelques « petits degrés » autour de l’axe vertébral.
Quand l’axe de rotation passe par l’articulation de la hanche, le bassin tourne de 40°
Le mouvement est une giration semblable au déplacement de la branche mobile d’un compas
Figure 2
L’élastique de Ben Hogan s’oppose à la rotation de bassin au début du backsxing.
Au downswing, l’impulsion postérieure à gauche de l’élastique dans le plan horizontal ramène le bassin sur la ligne de jeu. Ce mouvement essentiel est qualifié par Ben Hogan de « suprême »
Le Downswing
Au début du downswing le poids du corps est encore sur l’axe droit. La descente du bras droit contre le thorax incline la colonne vertébrale à droite* et force l’appui sur la jambe droite : c’est la compression. Simultanément le rappel de l’élastique ramène le bassin et le membre inférieur gauche vers sa position à l’adresse c’est à dire dans la ligne de jeu en direction de l’objectif. L’appui est alors bipodal (sur les deux pieds). C’est le en « même temps » golfique. Ce rappel est l’impulsion à donner vers l’arrière gauche du bassin (rétropulsion ) afin de le replacer sur la ligne. « Le bassin exerce ainsi le rôle d’impulsion, comparable à celui d’un fouet lorsque l’on fait claquer la lanière » *( M Dufour et M Pillu) . Le tirage du bassin à gauche et vers l’arrière est sous la dépendance du couple de force entre les muscles petit oblique à gauche et grand oblique à droite (abdominaux). Cette phase invisible est essentielle; elle est le secret pour la réussite du swing. A ce moment précis épaules et bassin se retrouvent à 90 degrés (dissociation). Ben Hogan nous dit : « Quand le bassin* est ramené en arrière vers la gauche, ce mouvement est comme ce petit coup de serrage final (dissociation) que vous donnez aux écrous quand vous avez changé une roue sur votre voiture ». Ce geste starter est un mouvement actif de vissage ; Il nous fait passer d’un appui unipodal à droite à un appui bipodal . Cette phase de reprise des appuis et d’équilibre est nécessaire et obligatoire avant de pouvoir passer sur l’axe gauche. Quand les mains arrivent au niveau et sous le plan de Ben Hogan (fig. 3) le déplacement de l’appui et la rotation sur l’axe gauche se font simultanément et de manière invisible. Cette phase complexe a fait dire à Hogan que le « downswing est le mouvement suprême ».
Croquis 2 (Mettre les images droites)
LES TROIS AXES DE ROTATION DU BASSIN
Figure 1. Axe de rotation du backswing
Au début du backswing, l’élastique s’oppose à la rotation. L’axe est vertébral puis l’axe passe par la hanche droite. En fin de backswing, la rotation du bassin sur la hanche droite est involontaire.
Figure 2. L’axe vertébral
Il est l’axe de départ du backswing et du début du downswing.
L’impulsion rotatoire postérieure gauche dans le plan horizontal ramène le bassin sur la ligne de jeu.
L’appui est à nouveau bipodal. La descente du bras droit contre le thorax est synergique de la rétropulsion pour une mise en compression. La coordination de ces deux mouvements est la clé de la réussite du swing.
Figure 3. Axe gauche de rotation.
Quand les bras arrivent sous le plan de Ben Hogan, l’appui est unipodal à gauche. Le transfert d’appui se fait par un changement d’axe d’un appui unipodal à droite à un appui bipodal pour se terminer sur le pied gauche.
Le Rôle des pieds.
Le bassin abrite le centre de gravité et les pieds s’adaptent en réaction à la rotation du bassin. Ils ont un rôle d’appui afin de stabiliser les axes et maintenir l’équilibre. En effet le swing est un mouvement de torsion sans déplacement du corps. Tiger Woods dit à juste titre « On a beaucoup écrit sur le travail des pieds. Je ne les ai jamais considérés comme des éléments très actifs. Je crois qu’ils se contentent de réagir aux mouvements du reste du corps ».
Lorsque l’impulsion est donnée, la rotation se poursuit automatiquement: les épaules et les bras suivent le bassin et celui-ci leur donne une trajectoire extérieure. Au moment de la frappe le bassin a tourné d’une trentaine de degrés.
Au follow-through, la rotation vertébrale entraîne les épaules qui rattrapent le bassin; la vitesse et l’amplitude du mouvement vont faire tourner l’axe gauche, ce que Gary Player appelait « le talon tire bouchon ». Le mouvement de rotation après l’impact se fait de la droite vers la gauche. C’est le sens du dévissage, et c’est aussi le sens de la rotation du manège des enfants. Nous allons d’un blocage vers un dénouement, un relâchement, et vers une libération du geste.
En résumé
L’impulsion rotatoire postérieure du bassin est essentielle, elle est le starter du downswing. Le bassin tourne horizontalement et alternativement comme la branche d’un compas autour des deux axes fémoraux d’abord vers la droite passivement puis volontairement vers la gauche. Pour MM Dufour et M Pillu « Le bassin a un rôle dictatorial ». Pour le philosophe Jean Carteret « C’est avec le bas du corps que l’on danse « et que l’on swingue, pourrions-nous ajouter. Maintenant que le mouvement essentiel est identifié, le slice « fantaisiste » n’existe plus. Ne vous laissez pas décourager par Ferdinand Céline qui dit : « C’est difficile d’arriver à l’essentiel, la fantaisie résiste longtemps ». Si elle résiste, relisez cet article plusieurs fois.
Quelques maximes de champions qui pensent que « tout tourne autour du bassin ».
*Dans les citations qui suivent je me suis permis de remplacer le terme « hanche »* par le mot bassin lequel me semble plus approprié pour la compréhension du swing.
« Pour lancer le downswing, ramenez le bassin* en le faisant tourner vers la gauche ». (Ben Hogan)
« Le bassin* précède et entraîne les épaules, tout le temps pendant le downswing ». (Ben Hogan » « S’il n’y a pas de rotation du bassin*, le joueur slice invariablement son coup car son club coupe en biais la ligne qu’il devait suivre. S’il ne slice pas, il fait un pull loin à gauche ». (Ben Hogan)
« Quand on cherche à gagner de la longueur le bassin*ne pivote jamais assez vite ». (Ben Hogan)
« Il faut augmenter la vitesse de rotation du bassin*à la descente ». « Le bassin* d’un bon golfeur commence à pivoter vers l’objectif afin de dégager le passage pour les bras dans la zone d’impact ». (Jack Nicklaus)
« Vous pensez tourner le bassin* alors que vous ne faites que le pencher. C’est pourquoi vous faites presque tous des slices. Pour éviter de pencher le bassin* il faut que vous ayez l’impression que la boucle de votre ceinture tourne parallèlement au sol ». (Garry Player)
« Beaucoup de joueurs ne se rendent pas compte que l’on peut tourner les épaules en gardant le bassin fixe dans le backswing. En revanche tournez le bassin et les épaules suivront au downswing ». (Tommy Armour)
J’espère que toutes ces rotations ne vous font pas tourner la tête au propre et au figuré. Souvenez-vous que l’axe du mouvement passe par l’œil et que la cible c’est la balle net c’est le regard qui dirige.
* M Dufour -M Pillu « Biomécanique fonctionnelle » Ed Masson 2007-568P *(Le muscle grand dorsal abaisse le bras et incline la colonne)
Le grand oblique gauche et le carré des lombes inclinent la colonne. Ces trois muscles sont les principaux acteurs de la compression.
HERVE LE TOHIC




